Au-delà des chiffres, l’échec de la primaire de la gauche est d’abord l’échec d’une réconciliation. Une réconciliation rendue impossible par l’aveuglement d’une direction du PS qui a rejeté le chaînon devenu manquant que représentait un projet personnaliste. Benoît Hamon a beau jeu de poser le revenu universel comme nouvelle frontière de la justice sociale. Pourquoi est-il incapable d’anticiper que l’euthanasie légale, autre mesure phare de son programme, menacera très vite les plus vulnérables dans des hôpitaux sous pression financière ? Quand Manuel Valls prône un Etat protecteur pour tous, ne comprend-il pas qu’une laïcité, non plus cadre protecteur mais système de pensée, exclut du champ politique les contributions vitales de concitoyens nourris de spiritualité ? Ce chaînon manquant, nous ne cessons d’en crier l’urgence depuis 2011, dans ce désert de la bienveillance que sont devenues les hautes sphères du PS. C’est le Pape François, paradoxalement et sans le vouloir une des figures les plus cohérentes de la gauche contemporaine, qui a pris la mesure du message d’un petit mouvement français, périphérique mais d’avant-garde, en le recevant chez lui pendant plus d’une heure trente de conversation historique.

   La vocation particulière de la gauche est de rassembler, du migrant fuyant la guerre jusqu’à l’enfant « non conforme », victime d’un eugénisme silencieux. Le rôle du Parti Socialiste est de faire participer pleinement les classes moyennes et populaires au projet français. Depuis des années, sa direction n’a pas eu le courage de réfléchir à un modèle économique alternatif, à une justice sociale dans tous les champs de l’existence, à une émancipation des pouvoirs de domination fondée sur l’ADN profond de toute personne humaine : le lien qui la relie aux autres et structure son être, et pas la satisfaction individuelle de désirs illimités. D’alternance en alternance, il a imaginé que des allocations pour les travailleurs et les exclus, combinées à des droits sociétaux pour les classes aisées urbaines, suffiraient à épicer la saveur de ses plats fades. Le constat est clair : les français n’en voudront pas. En conséquence s’ouvre un vaste no man’s land dans lequel peuvent s’engouffrer toutes les frustrations, les attentes amères et les rêves déçus.

   Aujourd’hui, le problème est bien sûr d’une autre ampleur que le seul destin de l’appareil. Dans les effondrements en cours, tout le monde peut être entraîné. Il faut donc poser des fondements pour reconstruire, discerner collectivement un cap et surtout manifester une grande cohérence de vie. Courir d’une personnalité à l’autre ne résoudra rien. Les Poissons roses vont contribuer à cette recomposition au sein d’un mouvement plus large tout juste créé : Jeune République. Notre vocation personnaliste sera de rassembler, dans un contexte de clivages mouvants, toutes les énergies qui irriguent notre pays et ne demandent qu’à féconder l’action politique collective. Les anciens y verront une renaissance sous une forme renouvelée des intuitions prophétiques de Marc Sangnier, mêlant dans un même sillon l’économie du partage, l’écologie et la fraternité. C’est l’urgence, c’est le moment…

Tribune de Philippe de Roux, avec les Poissons roses, parue dans Famille Chrétienne, le 31/01/2017

http://www.famillechretienne.fr/politique-societe/politique/jeune-republique-un-nouveau-courant-a-gauche