Pierre-Yves Gomez est professeur à l’EM-Lyon, où il dirige l’Institut français de gouvernement des entreprises. Spécialiste du lien entre l’entreprise et la société, il a été élu, en 2011, président de la Société française de management.

Nous vous proposons une analyse de son dernier ouvrage : Intelligence du Travail en librairie depuis le 3 octobre 2016.

On aurait envie de lui suggérer un  autre titre pour l’ouvrage – mais il y a sûrement lui-même pensé-  à savoir, non pas « Intelligence du travail », mais « Le mythe du potager ».

L’argument est limpide :  Au fil de l’histoire des progrès techniques humains, nous avons peu à peu évacué la réalité du travail pour construire une société de l’abondance qui dissimule le travail concret et valorise en chacun de nous le consommateur. Au lieu de prendre soin de notre potager (chapitre 14), nous avons décidé d’adorer le dieu consommation et construit les temples de cette technolâtrie que sont les hyper marchés. De cette technolâtrie, nous mourons et mourrons parce que nous sommes devenus addicts et que nous détruisons la Terre, ayant oublié de «cultiver et garder» le jardin mis à notre disposition.

La 5ème partie du livre est passionnante parce qu’elle dessine un avenir ouvert.  Des tentatives se développent en s’appuyant sur les nouvelles technologies pour recréer une proximité avec le producteur (1er front), pour faire de l’essor des robots un outil de reconquête de l’économie de proximité (2ème front) et pour transformer le sens du travail au sein même des entreprises (3ème front). Mais aucune de ces batailles n’est gagnée parce que les tenants de la cité de la consommation ne désarment pas. D’une certaine façon, la victoire dépendra de notre décision personnelle car nous sommes chacun ce travailleur aliéné affamé de consommation. Si nous ne changeons pas nous-même, si nous préférons nous suicider dans cette « Grande Bouffe » planétaire, le combat sera perdu.

Aussi, les trois questions formulées chapitre 20 résonnent-elles particulièrement en cette période de pré-élection présidentielle :

  • Quelle répartition des revenus ? Et, par voie de conséquence, comment faire que le revenu minimum garanti universel soit un outil pour rémunérer le « travail fantôme » ?
  • Quelle protection assurer aux nouveaux travailleurs indépendants ?
  • Qui contrôlera les technologies digitales et numériques ?

La description de la guerre entre les deux cités est remarquablement éclairante : cité de la consommation contre cité de la production. L’auteur indique « La stratégie, dans cette guerre, est de favoriser ou d’empêcher la proximité entre le travailleur et le consommateur. Plus le producteur est proche du consommateur, plus son travail est incarné et son utilité devient plus immédiatement intelligible : celui qui fabrique est en contact avec celui qui a besoin de ce qui est fabriqué ». C’est pour l’auteur la question-clé qui conditionne d’ailleurs les chapitres suivants.

Les incertitudes sur l’issue des trois fronts (Ch 17, 18, 19) montrent bien que les forces qui militent pour la poursuite du système actuel sont très fortes et que l’avenir reste ouvert. Autant, de ce fait, s’y engager dès maintenant. 

Patrice Obert, Président des Poissons Roses

Pour en savoir plus sur Intelligence du Travail, Desclee de Brouwer – 2016

Pierre-Yves Gomez

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