Bertand Badré, inspecteur des finances,  a exercé tous les métiers de la banque, ainsi que des fonctions de conseiller du Président de la République, avant de devenir directeur général  de la Banque Mondiale. Son livre est le témoignage d’un acteur du système financier mondial.

Il s’organise en deux parties. La première s’intitule « retour sur 15 années peu ordinaires ». C’est le bilan de tout ce qui s’est passé depuis 2000 : les grandes mutations du monde, la crise de 2007-2008, l’adoption en 2015 des ODD (Objectifs du Développement Durable), 2016 et le réveil des forces centrifuges. Cette partie se termine dans un dernier chapitre dans lequel l’auteur en appelle à une nouvelle Renaissance (p138) où « il nous faut déjà tous, chacun individuellement assumer ce pouvoir » (p146) et qui consiste à « bâtir un système maîtrisé, justement régulé » (p148).

Dans cette partie, on notera :

P 85 La mention des trois défis pour la finance : celui de la régulation, celui de la mondialisation, celui de l’innovation financière

P119 Les 3 grandes incertitudes de demain : le changement climatique, la révolution numérique, le risque de pandémies

P102 les investisseurs du monde entier gèrent une somme de 100.000 milliards de dollars : l’argent existe.

La seconde partie « Refonder la finance pour enchanter la mondialisation » est une sorte de témoignage de conviction de quelqu’un qui a été au cœur des dispositifs et qui, vu de la banque mondiale, est désormais convaincu qu’il est possible d’agir pour le développement. Avec le sentiment, parfois, d’un plaidoyer pro domo dans une défense et illustration du Groupe Banque mondiale.

Le chapitre VII fourmille d’exemples d’investissements vertueux qui relèvent de la « finance sociale »  (p 188) au sein de laquelle choix financiers et éthiques convergent (p190)

  • Donner un coût aux émissions de gaz carbonique (p192 et s)
  • L’accès à l’eau ( p 193 et s)
  • La « taxe Chirac » sur les billets d’avion (p 196)
  • La sécurité routière (p 198)
  • L’assurance contre les catastrophes naturelles et les pandémies (p199)

Autant d’illustrations positives de ce qu’il a pu enclencher.

Le chapitre VII revient sur la capacité fabuleuse de 100.000 milliards de dollars disponibles et l’action innovantes des BMD (Banques Multilatérales de Développement).  L’historique de la Banque Mondiale (en note de bas de page  211 est intéressante). B Badré voit dans cet organisme, désormais démultiplié, un acteur essentiel capable d’agir par lui-même mais aussi de mobiliser les financements du secteur bancaire privé (sur cette coopération, désormais essentielle, il revient longuement dans le chapitre IX). Tout ceci devant développer la confiance et faire passer « de la croissance (vite cancérigène) au développement (vertueux). Autrement dit, passer du « financement du développement » à la « finance pour le développement ».

L’argent est là, les institutions sont là, L’Europe doit jouer son rôle (p286 et s) en reprenant l’initiative et en allant vers « un fédéralisme d’un nouveau genre »(p287). Trois priorités (p 292 et s) : le financement des infrastructures, l’atténuation du changement climatique, le big data.

Observations : B Badré  doit vivre douloureusement la situation actuelle.  Il décrit brièvement la colère des populations devant la montée en force de la mondialisation de l’indifférence. En homme  immergé dans la mondialisation en marche, il analyse combien il est difficile, pour tous ceux qui butent dans leur quotidien, de comprendre les évolutions possibles de ce monde devenu créateur d’injustices.  Il fait partie de ce petit milieu  de financiers qui perçoivent que l’humanité est désormais obligée de collaborer face à l’ampleur des défis. Il jongle parmi tous les organismes bancaires et les montages financiers qui parviennent à collecter ici des milliards de dollars, là des dizaines de milliards de dollars. On sent sa confiance dans les capacités du système  à lutter pour le développement et sa rage devant les lenteurs, les comportements cyniques, l’océan des besoins.

Finalement, le livre de B Badré explique comment agir sur le monde. Il rentre dans les détails, explique comment les institutions fonctionnent, décrit les mécanismes déjà mis en œuvre, montre les difficultés concrètes et les réalisations déjà en cours. Reste une vraie difficulté : comment convaincre les populations que « c’est possible » ?

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