Le résultat du premier tour de la Primaire de la droite et du centre vient de démontrer un besoin de valeurs et de repères, d’enracinement du peuple français. Ce besoin, cette soif, sont estimables et profonds. Il est clair que nous sommes dans un moment particulier où la France a besoin de se retrouver, face aux déstabilisations du monde et  à la liquéfaction de tout ce qui nous unit.

Il nous faut raison garder, conserver au cœur autant de lucidité que de générosité, sans jeter la pierre.  

Le monde du libéralisme sauvage est un monde d’iniquités, d’injustices chaque jour plus grandes. Est-ce cette croyance libérale que les chrétiens devraient promouvoir dans l’économie ?  Le combat des chrétiens est inséparable du combat pour la justice, depuis les origines.

Dans ce contexte, la gauche et le Parti socialiste ont une lourde responsabilité : ils tomberaient dans un piège caricatural, en repoussant les idées chrétiennes et plus largement tous les courants spirituels en dehors du camp du progrès. Cela serait une faute grave.

Les fondamentaux de la gauche démocratique, du Parti Socialiste, ne sont pas l’individualisme, les désirs consuméristes, une société atomisée et solitaire. Ses fondements, sa tension intérieure, ont toujours été de féconder le Bien commun, ce besoin d’égalité dans le respect des personnes, par la créativité libre et le pouvoir d’agir, ce goût pour la justice, en le tournant vers l’avenir, le monde et l’Europe.

A ce projet s’étaient associés hier ensemble, d’un même pas, laïcs ouverts et généreux comme croyants de toutes sensibilités, dans un débat riche et fécond.

La gauche saura-t-elle ouvrir les yeux et relire son passé récent en acceptant que son accession aux responsabilités en 1981 fut liée au basculement des catholiques, et d’abord ceux  de l’ouest de la France ?

La Parti Socialiste saura-t-il mesurer l’impact du libéralisme sociétal du quinquennat de François Hollande sur de nombreux musulmans qui, dès les dernières municipales, ont rompu avec un vote traditionnellement de gauche ?

Saura-t-il comprendre qu’une nation s’enracine dans une histoire et retrouver les jalons qui ont fait des juifs et des protestants des défenseurs inconditionnels de la République, des catholiques les acteurs infatigables de l’éducation ? Saura-t-il relire la spiritualité d’un Vincent de Paul ou d’un Jaurès ?

Ou s’abonnera-t-il de nouveau à la vindicte facile, réduisant les femmes et les hommes de foi à des obscurantistes, des homophobes, des fachos refoulés ?

La vision du personnalisme nourrit de façon juste l’action politique, hier comme aujourd’hui, parce qu’elle instaure une cohérence entre les finalités de la communauté politique, le Bien commun, et la promotion de la dignité de chaque personne, une dignité qui se nourrit de la relation à l’autre.

La rupture de cette cohérence frappe au premier chef les classes populaires paupérisées et les « invisibles de la République » tentés par les illusions du rejet et du repli. Elle est au cœur de la crise du politique, soit que l’idée du bien commun ait été congédiée, soit qu’elle doive résulter de l‘impossible addition des préférences individuelles. A gauche, cette rupture a été plus grave encore car le combat pour la justice, son ADN, a cessé d’être global, intégral. Pour l’ouvrière textile au Cambodge, enceinte, il est tout aussi nécessaire d’accompagner la mise en place de mutuelles de santé et l’accès aux services essentiels que de lutter contre l’inhumanité de la sous-traitance sauvage, ou les courantes menaces de licenciement, si elle refuse d’avorter

Il existe une gauche enracinée dans la Personne, soucieuse de la protection de la nature, capable de décrypter les temps présents en comprenant les évolutions qui structurent l’avenir, une gauche désireuse de redonner à la France une fierté et un message universel, une gauche en mesure de dire l’espérance aux plus vulnérables et de proposer des actions concrètes pour arracher à la pauvreté les millions de personnes qui en désespèrent.

Nombre de chrétiens, et au-delà beaucoup d’autres, de toutes croyances, victimes de l’égoïsme et de la cupidité, attachés à la justice, sont orphelins de toute représentation politique. Ne les laissons pas se réfugier dans l’abstention ou le vote protestataire.

En conséquence et solennellement, dans ce débat présidentiel :

Nous appelons les chrétiens de France à ne pas succomber à un esprit de dureté et de revanche sociale, et à choisir la Fraternité.

Nous appelons la gauche à se mobiliser unie sans exiger des croyants qu’ils renoncent à leurs convictions.

Nous appelons le Parti Socialiste et toute la gauche à ne pas se refermer et à reconnaître les diverses spiritualités comme l’un des fers de lance de son combat pour la justice.

Et nous appelons la gauche à partager ce projet généreux avec la France.

Premiers signataires : Mathilde Boudou ; Virginie Duprat ; Olivier Favereau; Nicole Foucault ; Christophe Jadeau ; Marc Lebret ; Philippe  Oberlin ; Patrice Obert  ; Pascal Ollive ; Francis  Raugel; Isabelle Rault; Philippe  De Roux;  Michel  Simonnet; Jérôme Vignon ;  

Contact : Patrice Obert

06 76 86 08 51

Pour en savoir plus sur les Poissons Roses :

Site officiel : http://poissonsroses.org/

Blog : https://poissons-roses.com/

Facebook : https://www.facebook.com/LesPoissonsRoses/

Twitter : https://twitter.com/poissonsroses

dsc_6696-autre