François VERCELLETTO / Ouest-France

Régis Passerieux veut incarner une gauche qui renoue avec la défense du bien commun et l’attention à la personne. Une candidature portée par le courant des Poissons roses qu’il annonce à Ouest-France

Droit, Sciences Po, l’Ena. N’êtes-vous pas, vous aussi, un pur produit du système ?

Je ne le crois pas, mais j’aurais pu l’être. J’ai eu la chance d’être élu, à 29 ans, maire d’Agde, dans l’Hérault, une ville populaire de 20 000 habitants, où j’ai eu à gérer des problèmes très concrets durant douze ans. L’étiquette de technocrate ne m’a jamais collé.

Et en parallèle, vous avez pris des responsabilités nationales au sein du PS…

Très vite, à 34 ans, j’ai été membre du bureau national, puis secrétaire national au secteur public et aux relations internationales. J’ai exercé ces responsabilités une dizaine d’années auprès de Lionel Jospin, de Michel Rocard, puis de François Hollande. Mais je me suis retrouvé très vite en rupture. Je l’ai écrit (1). Ce parti qui était vivant était devenu, progressivement, un appareil technocratique, mécanique.

Aujourd’hui, pourquoi voulez-vous participer à cette primaire de la gauche ?

Ce que nous voulons exprimer, c’est la recherche du bien commun. Cette candidature, nous l’appelons, nous, personnaliste, en référence à Emmanuel Mounier parce qu’elle vise à retisser tous les liens qui ont disparu dans la société française. C’est un retour aux fondamentaux du Parti socialiste. Nous avons l’ambition de porter un projet attendu à gauche et au-delà. Un chemin de paix, fondé sur la justice sociale, que vous connaissez bien en Bretagne.

Une candidature personnaliste, qu’est-ce que cela veut dire ?

Le personnalisme, c’est la volonté de construire une société en reliant les personnes et les consciences. La France connaît une brisure affective. La nation, c’est une communauté de personnes qui doivent faire ensemble, agir pour le bien commun. Le personnalisme, c’est dire : les politiques descendent du balcon pour plonger dans la société et, partout, retisser des liens.

Pensez-vous réunir les conditions ?

On fait les choses dans l’ordre, d’abord, dire que nous sommes candidat. Ensuite, nous irons rencontrer les parlementaires – il nous faut quinze parrainages – pour leur présenter notre projet. Nous sommes confiants. Nous ne pouvons pas réduire cette primaire à un clash caricatural entre une gauche consumériste et des frondeurs.

Est-ce une idée chrétienne ?

À l’origine. Mais elle peut être portée par d’autres croyances ou même sans croyance, avec la même générosité. C’est très concret.

Par exemple ?

Celui d’une politique qui encourage, y compris fiscalement, les entreprises qui ne pensent pas uniquement à la rémunération de leur capital financier, mais qui investissent dans les relations sociétales, autour d’elles, dans leur terroir.

Vos chances d’être élu sont très faibles…

Le Premier ministre actuel avait fait 5,63 % à la primaire en 2011. Ce que nous avons à dire peut peser très lourd. Je formerai un ticket avec Virginie Duprat , une Bordelaise de 40 ans, psychologue, active dans les mouvements sociaux. Cette mère de famille m’accompagnera tout au long de cette campagne. Notre manière de faire peut rassembler beaucoup plus que ce que certains imaginent.

Mais le courant des Poissons roses, qui vous soutient, est très minoritaire au sein du PS…

Dans cette primaire, on va s’adresser très directement aux citoyens. Ce qui en jeu, ce n’est pas de prendre ce qu’on peut au PS et d’essayer de s’en sortir. Au bénéfice du PS ou des Français ? L’intérêt, c’est de s’en sortir pour les Français de gauche et au-delà de tous les Français qui portent un projet généreux pour la société. C’est ça qui compte.

Cela reste une primaire de gauche…

Mais l’enjeu, n’est pas de sauver les meubles. C’est de montrer que le Parti socialiste, au travers de cette primaire, est capable de proposer tout à fait autre chose, de se renouveler. Si on ne propose pas quelque chose de nouveau à l’issue de cette primaire, alors là, c’est sûr, on ne sauvera même pas les meubles !

Vous faites entendre votre différence sur les sujets sociétaux…

Le mariage pour tous est l’exemple même d’une mauvaise méthode politique, avec un gouvernement qui a refusé un vrai débat. Au-delà de la loi Taubira, nous posons des bornes intransigeantes : la PMA sans père, la GPA. Et, concernant la fin de vie, c’est clair, nous ne sommes pas pour l’euthanasie, ni pour les injections létales. Nous glissons de plus en plus dans une société mortifère. Ce n’est pas à l’État d’attiser ces pulsions.

Êtes-vous un « catho de gauche ? »

Catho de gauche, c’est un courant que je respecte profondément, parce qu’il a été l’une des sources essentielles du PS, depuis 1971, mais ce n’est pas la seule. Comme responsable politique, on doit recevoir toutes ces sources, et ne surtout pas s’enfermer dans une seule. Mon retour à la foi est venu très tard. C’est une foi très ouverte. Plutôt celle d’un chrétien, protestant, né dans un terreau catholique. La foi n’est pas une identité. Ce qui compte, c’est le souffle, et de retrouver du sens.

1 :Bouge ta gauche, Éditions du Rocher, 2002.

Régis Passerieux : l’éthique avant l’étiquette

Régis Passerieux est un enfant du Languedoc. Il est né à Béziers, en 1959, dans la famille d’un grand négociant en vin. Brillant sujet – droit, Sciences Po, l’Ena – il s’engage très tôt au Parti socialiste. Élu maire d’Agde (Hérault), contre toute attente, à 29 ans, conseiller général, il devient membre du bureau national du PS à 34 ans, puis secrétaire national.

Critique sur l’état de son parti, il abandonne la politique en 2002, pour monter son cabinet d’avocat et travailler à l’international. Il revient en France, il y a quelques mois, sa rencontre avec les Poissons roses le pousse à s’engager à nouveau. Chrétien convaincu, il veut porter un message de renouveau à gauche et redonner du sens à l’action politique.

Source Ouest France, 06/11/2016