Après avoir fait goûter subrepticement à la philosophie d’Emmanuel Mounier, voici une courte introduction politique à Levinas, écrite par un de nos adhérents. Rentrez dans la pensée personnaliste !

« L’essence de la raison ne consiste pas à assurer à l’homme un fondement et des pouvoirs, mais à le mettre en question et à l’inviter à la justice. »
Le Visage de l’autre (2001)

            A l’heure où il est unanimement admis que toute politique repose impérativement sur l’homme, pourquoi, aux Poissons Roses, vouloir se distinguer en allant plus loin, en nous qualifiant de « mouvement personnaliste » ? En voici une réponse à travers la pensée d’Emmanuel Levinas (1906-1995), un philosophe personnaliste juif.

Toute action politique suppose une vision de l’autre et un rapport à cet autre, notre voisin, le fonctionnaire, l’homosexuel, le musulman, le malade, le pauvre, le SDF. Mais qui est cet autre ? Homme ou femme, nous estimons nécessaire, aux Poissons Roses, de le caractériser en introduisant la notion de « Personne », qui  éclaire une partie des propositions de notre livre A contre-courant.

Pour Levinas, l’homme s’impose à nous par son visage et son regard qui nous ouvre et nous donne accès à l’infini. Impossible dans ce cas d’enfermer l’autre dans son personnage social qu’il joue dans la société (ouvrier, employé, professeur, médecin….). Impossible de le considérer comme un objet manipulable en le réduisant à ses besoins, ses pulsions, ses peurs, ses désirs. Impossible de le réduire à une image sur un réseau social ou de le voir comme le représentant d’un genre. L’autre n’est pas notre « Alter ego », le « Même », mais bien une personne unique qui ne m’appartient pas.

Notre relation à l’autre et à la société ne peut donc pas se limiter à une série de droits. Levinas ajoute que dans que notre relation avec l’autre, « l’accès au visage est d’emblée éthique ». Et de citer la phrase de Dostoïevski : « Chacun est responsable de tout devant tous, et moi plus que tous les autres ». Là encore, impossible de déléguer sa responsabilité, de fermer les yeux, de passer à côté. La justice reste essentielle. « Celle-ci, exercée par les institutions [ …] doit toujours être contrôlée par la relation interpersonnelle initiale » (Ethique et Infini). 

Aussi proposons-nous, aux Poissons Roses, d’implémenter une justice qui englobe la Personne dans sa plénitude, dans toutes les sphères d’existence. Aussi invitons-nous chaque femme et chaque homme à se saisir de sa responsabilité devant de la visage de l’autre.

A lire

  •  Ethique et infinie, 1982
  • Totalité et infini : Essai sur l’extériorité, 1991